michel doneda

Photo: Peter Gannushkin / downtownmusic.net
Michel Doneda, saxophone soprano, né en 1954, est un musicien autodidacte.
En 1978, à Toulouse, il fonde le trio d’anches Hic et Nunc avec lequel il voyage en France. A la même époque avec des musiciens, acteurs, danseurs, poètes il participe à la fondation de l’IREA (institut de recherches et d’échanges artistiques). Dans les années 80 il participe à beaucoup de projets d’improvisation et devient un invité régulier du festival de Chantenay Villedieu. Son jeu très personnel se développe ainsi au contact d’artistes de tous horizons engagés dans l’improvisation.
Il rencontre entre autres : Fred Van Hove, Phil Wachsmann, Max Eastley, John Zorn, Eliott Sharp, Elvin Jones. En 85 il enregistre Terra son premier disque et établit au même moment des relations avec des musiciens ou des artistes qui se poursuivent encore aujourd’hui : Barre Philipps, Benat Achiary, Ninh Lê Quan, Martine Altenburger, Ly Thanh Tien, Michel Mathieu, Michel Raji, Daunik Lazro, Serge Pey, Ana Ban.
Les Années 90 verront l’extension de ces voyages et de ses associations: Camel Zékri, Keith Rowe, Tetsu Saitoh, Kazue Sawai, Günter Müller, Fabrice Charles, Gérard Fabbiani, Bhob Rainey et les danseurs Masaki Iwana, Valérie Metivier, Yukiko Nakamura.
Depuis lors il est impliqué dans la scène internationale de l’improvisation et a voyagé et joué: en Europe, Afrique, Japon, Russie, Canada, USA ; rencontrant partout des artistes concernés par cette pratique.
Cette transversalité, marquée par une ouverture à la diversité, a façonnée sa voix unique et résolument contemporaine. Depuis 92 il est impliqué à Toulouse dans l’organisation de concerts, performances, chantiers d’art provisoire. Il a enregistré une quarantaine d’albums sur des labels, européens, japonais, américains.source
Michel Doneda chez Potlatch

Anatomie des clefs
Michel Doneda: soprano saxophone
Recorded on winter 1998 by Jean Pallandre.
texte de pochette
Longtemps il me sembla que seul le poumon justifiait le saxophone et expliquait le saxophoniste. Me reviennent en mémoire les images et les sons de ces sculpteurs hargneux, car libres, que je découvris sur scène, encore adolescent, d’abord par hasard, car noyés dans ces programmations mixtes des manifestations des premières années 70, entre un chanteur pop, un gratteur folk et un groupe de rock.
Immédiatement je fus frappé par la dimension sportive et, simultanément, la charge poétique (je pense par exemple à Griffin), et finalement à cette présence forcément désespérée, tentative ultime (on en est toujours là, fort heureusement) de donner à entendre un langage issu d’un très haut niveau de culture et de pensée avec le simple outil composé du souffle et de certaines articulations (je me permets ici cette simpliste plaisanterie qui consiste à associer rapidement ce fameux langage articulé et la mécanique subtile des ces tuyaux brillants).

Photo: Peter Gannushkin / downtownmusic.net
J’ai vieilli ensuite, devenant perplexe devant cette incompréhension persistante entre deux petites familles mesquines incapables de s’écouter, celles des guitares électriques et celles des saxophones, avant de décider que les problèmes intellectuels (?) des uns n’étaient plus les miens. Puis vinrent à mes oreilles le travail de Daunik Lazro, celui d’Evan Parker et il y a une quinzaine d’années celui de Michel Doneda. Et je repris plaisir à écouter les tuyaux magiques, prenant le temps cette fois-ci de rencontrer les personnes, plutôt que leurs images scéniques.
Mon inculture grandissante me permettant d’éviter le plus souvent le jeu des références et comparaisons, je m’autorise, avec ce que je définis souvent comme une plongée en improvisation, des plaisirs prolongés au-delà de tout comportement lié à la consommation. Ainsi, selon l’état psychique ou physique, un enregistrement tel que celui que l’on peut écouter ici permet enfin d’envisager la musique ambiante de manière noble (sachant que là je touche à des valeurs douteuses, mais une fois de plus quittons la culture pour le son, y compris celui des mots) ou d’approcher réellement la vibration de l’air dans sa propriété psychédélique.
Doneda peut indéfiniment pousser les sons avec les sons. Je veux dire à la fois dans un espace à trois dimensions et dans le même moment dans notre environnement à quatre dimensions. Nous ressentons son questionnement qui se traduit donc dans cette succession de sons (ou dans ce son seul, c’est alors une affaire de positionnement de l’auditeur), qui donne une idée rare et concrète de la saturation du signal. Il semble avoir enfin permis une approche totale de l’espace (le “machin” qui permet au phénomène vibratoire de prendre son élan puis son envol, puis de nous immerger), avec cette délicate étude de la saturation sans écrêtement, ni (et c’est là que son talent doit être souligné) décret.


Photos: Peter Gannushkin / downtownmusic.net
Rejoignant donc les plus pertinents électroacousticiens farouchement opposés aux limitations électroniques, Doneda peut apparaître comme un générateur analogique passionnant car non programmable. Cette affirmation frôlerait le ridicule, si l’on oubliait qu’il s’agit en fait d’une des définitions de l’être humain libre et autonome. Et la musique parfois justifie le saxophone, même quand il est droit. Dominique Répécaud
Sélection disques Michel Doneda



































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