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jimmy scott / over the rainbow

JimmyScottMilestone MCD-9314 | Over The Rainbow

Scott (voc), Justin Robinson (as), David « Fathead » Newman ou Bob Kindred (ts), Grégoire Maret (hca), Joe Beck (g), Larry Willis ou Michael Kanan (p), Joe Locke (vib), George Mraz (b), Grady Tate ou Clarence Penn (dm).

A la question de savoir ce qu’il ressent d’avoir attendu cinquante ans avant d’être enfin reconnu, Jimmy Scott (75 ans, admiré en leur temps par Billie Holiday ou Charlie Parker) évoque Nelson Mandela : « Quand je travaillais comme employé aux livraisons ou comme concierge, je pensais à lui et à tout ce qu’il a traversé en prison. Quand il est sorti, il n’avait aucune amertume, on sentait que cet être humain avait grandi. Il s’était épanoui spirituellement. Il avait approfondi sa compassion et son amour pour l’humanité. Il lui fallait simplement attendre que son jour arrive. C’est à ce type d’attente que je m’apparente ».

En effet, en voyant et en écoutant Jimmy Scott lors de sa récente tournée française fin mars — maintenant que SON jour est arrivé —, on pouvait palper sa reconnaissance envers le public qui exigeait bis après bis et sa joie (teintée d’ivresse) de parvenir à le satisfaire. C’est en écoutant Judy Garland chanter Over The Rainbow en 1939 dans Le Magicien d’Oz qu’il « tombe amoureux des chansons ».

Et cette chanson-là, triste quoiqu’enluminée d’espoir (« quelque part au delà de l’arc-en-ciel le ciel est bleu… »), est à l’image de la destinée de ce pauvre homme, si fragile à bien des égards, de sa musique tendre et sombre et de sa manière si déchirante de détacher les mots, avec un large vibrato, comme pour s’imprégner encore davantage de l’atmosphère douloureuse de ces mini-drames que sont ces ballades qu’il affectionne tant. Il suffit d’écouter sa poignante interprétation d’I Got It Bad (en duo avec le merveilleux pianiste Michael Kanan), sa réinvention surprenante de Strange Fruit, à la fois si éloignée et si proche de celle de Billie, ou la reprise de son premier hit Everybody’s Somebody’s Fool (enregistré en 1949 avec l’orchestre de Lionel Hampton) pour apprécier, au-delà de son registre et de son timbre singuliers, la poésie, la grâce et la force de ce petit homme qui demeurera l’un des plus grands ballad singers de tous les temps.

Gérard Rouy
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Sélection Disques Jimmy Scott

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