evan parker

Photo: Gérard Rouy
Evan Parker est un saxophoniste de jazz et de musiques improvisées Anglais, né le 5 Avril 1944 à Bristol.
Ses premières influences sont les saxophonistes du Cool jazz, notamment Paul Desmond, mais Parker rend aussi hommage à Warne Marsh et Lee Konitz sur ses disques Time Will Tell (ECM, 1993) and Chicago Solo (Okkadisk, 1997). Malgré ces influences c’est sur les saxophones ténor et soprano qu’il se spécialise.
Evan Parker est surtout connu pour sa participation au développement de la musique improvisée, et notamment pour sa fantastique technique saxophonistique qui lui permet de créer de véritables nappes de sons polyphoniques grâce à une parfaite maitrise de la respiration circulaire et au développement d’une technique personnelle utilisant les multiphoniques et fausses notes créant l’illusion de la polyphonie.
Evan Parker chez Potlatch

Dark Rags
Evan Parker: tenor saxophone
Keith Rowe: guitar, electronics
Recorded by Jean-Marc Foussat in concert at Pannonica (Nantes) on December 31st 1999 & January 1st, 2000.
Tout au long des années de folle libération des mœurs musicales de la “swinging London” des sixties, les groupes pop n’étaient pas les seuls à tenir le haut du pavé de la créativité et de l’invention. Une poignée de jeunes musiciens — généralement issus des cercles du (free) jazz noir américain et souvent attirés par l’aléatoire, l’atonalité ou le sérialisme — allaient faire table rase du passé et s’engager dans une remise en cause radicale du geste musical à l’intérieur de groupes à l’importance historique forte, tels que AMM et le Spontaneous Music Ensemble.
Visiteur assidu du Little Theatre Club à Londres en 1966, le saxophoniste Evan Parker se trouve vite invité par le batteur John Stevens à participer au Spontaneous Music Ensemble, qui développe une forme d’improvisation délicate et aérée, aux mouvements abstraits généralement lents et calmes, où les contributions individuelles passent derrière la construction collective.
Parker entame alors une longue et fructueuse collaboration avec le guitariste Derek Bailey — interrompue en 1985 —, se produisant avec lui en duo, au sein de la Music Improvisation Company. Parallèlement, il est amené à fréquenter les cercles du robuste free jazz allemand (aux cotés de Peter Brötzmann, au sein du trio d’Alex von Schlippenbach, du Globe Unity Orchestra, etc.), basé sur l’énergie et la puissance. Prolongeant avec force l’héritage coltranien, il conçoit alors de manière intuitive — afin de pouvoir répondre efficacement aux stimuli de ses partenaires — diverses combinaisons saisissantes de “techniques étendues” sur le plan de l’articulation, de l’attaque, de certains doigtés “fourchus” brisant la colonne d’air et déployant des structures mouvantes d’harmoniques, de la respiration continue (d’abord au soprano, puis plus récemment au ténor), créant ainsi une resplendissante “illusion de polyphonie” au saxophone.

Photo: Gérard Rouy / Evan Parker et Keith Rowe
Tout en poursuivant des études d’arts plastiques, Keith Rowe commence à jouer de la guitare au sein de l’orchestre de l’école des beaux-arts de Plymouth (qui deviendra plus tard le Mike Westbrook Band) et participe à la création du groupe AMM — les premiers, en 1965, à abandonner l’idée d’une musique basée sur le répertoire — avec Eddie Prévost et Lou Gare (vite rejoints par Cornelius Cardew, puis par Christopher Hobbs et/ou John Tilbury et Rohan de Saram). Au milieu de connexions explicites avec le jazz et la musique académique, AMM repense radicalement les notions de son et de production musicale en inventant une musique venue de nulle part et coupée de toute allégeance, à travers tout un train de techniques non orthodoxes, d’instruments détournés ou fabriqués, dans une improvisation ouverte à toutes les sources sonores, sans distinction entre “les sons choisis et les sons accidentels” (Cage).
S’inspirant à la fois de musiciens (noirs américains) et de peintres (Duchamp, Pollock, Rauschenberg…), Keith Rowe va complètement déstabiliser la guitare en lui imposant une réévaluation profonde, abandonnant certains de ses éléments traditionnels, comme l’accord ou la relation entre les cordes et les doigts, en en jouant à plat sur une table et la manipulant avec des archets, des tiges de métal, des ressorts ou une radio à transistors, déployant ainsi une “une virtuosité modeste dont l’aboutissement est le simple son” (Christian Wolff).
Se croisant et s’appréciant depuis les mid-sixties (Parker fut l’un des très rares solistes invités par AMM), il aura fallu attendre près de trente-cinq ans pour que Evan Parker et Keith Rowe se produisent pour la première fois en duo, aux Instants chavirés à Montreuil en décembre 1998. Dark Rags est le premier témoignage discographique de la complicité nue de ces deux ardents pionniers. Ici, pas d’étalage de virtuosité ni d’épreuve de force, mais un univers onirique de sons crus et neufs, libérés du poids historique de la tradition, un foisonnement de couleurs éclatées et de textures brutes. Ensemble, ils créent une mosaïque de micro-sons et de scories, une jungle de souffles et de plaintes grouillant et se répondant dans une vertigineuse surimpression de nappes longues et bariolées superbement en prise avec le présent.
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Gérard Rouy
Sélection Disque Solo de Evan Parker









































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