cesura

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cesura | cs008
Ernesto Rodrigues/viola. Alfredo Costa Monteiro/accordion.Guilherme Rodrigues/cello, pocket trumpet, Margarida Garcia /electric double bass.
Total Time 43:04 © 2003. Recorded on 26 July 2003 at Tcha Tcha Tcha Studios, Lisbon. Cover design by Carlos Santos
Bien sûr, il faut tendre l’oreille. Bien sûr, cette musique est si légère en apparence que, Dieu sait pourquoi, on éprouve soudain le besoin d’aller fermer la porte, de peur sans doute qu’elle ne s’envole ou qu’un véhicule importun n’en vienne perturber la fragile ordonnance. Peut-être même Cesura est-il à l’initiative d’un New Lisbon Silence, lointain cousin lusitanien de ces courants minimalistes, berlinois, ou londonien, dont Jim Denley nous parlait récement avec tant d’intelligence. Mais faut-il pour cela lui jeter la pierre?
Personnellement, je ne le pense pas. Car le risque serait alors trop grand de troubler la belle surface limpide et plane que Margarida Garcia, Alfredo Costa Monteiro, Guilherme Rodrigues et Ernesto Rodrigues sont parvenus à maintenir malgré les souffles du vent et de la mode. Et les cercles concentriques qui s’y dessineraient seraient bien trop étroits pour contenir la douce folie de ces quatre improvisateurs, plus amateurs de ricochets que de cailloux plombés, filant droit vers le fond.
Alors, on tend l’oreille…
Un peu sarcastique au départ, on a voulu meubler le temps en feuilletant un bouquin quelconque, mais, après avoir relu quatre fois le même paragraphe, il a bien fallu se rendre à l’évidence que ce qui se passait dans le fond des enceintes nécessitait une attention totale et une écoute exclusive. Les frôlements, feulements, crissements, soufles épars, bois et peaux mêlés dans la même âpreté silencieuse et feutrée nous racontent incontestablement une histoire grave et sérieuse. L’histoire d’une brissure, sans doute, d’un verre fêlé au mauvais moment, d’une séparation imminente et muette, quand le reproche n’est plus de mise et qu’on a accumulé trop de non-dit.
La musique silencieuse de Cesura, c’est le non dit tragique et inéluctable, refusé du bout des lèvres, quand il n’y a même plus rien à lire entre les lignes. Qu’il n’y a plus donc qu’à se taire. C’est l’histoire quotidienne de tout ce qui, un jour, finit par se briser. C’est magnifiquement tendu et personne n’échappera à l’emprise obsessionelle d’un tel parti pris. Joël Pagier improjazz




















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